Iran, La seconde révolution
Le commencement de la fin, mais pour qui ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, personne ne peut dire comment la situation actuelle, à Téhéran, va tourner : à la chape de plomb ou à l’ouverture politique ? D’ores et déjà, on peut avancer ceci : ce qui eût pu être seulement l’expression d’un dépit post-électoral de mauvais perdant montre tout à fait autre chose : en réclamant la justice des résultats, les manifestants sont allés plus loin, ils ont mis en question la validité d’un modèle politique qui ne fonctionne plus. Il ne faut pas s’y tromper : quelle que soit l’évolution des prochaines semaines, y compris la pire hypothèse du carnage répressif, les manifestants ont gagné. La lézarde est visible, la faille ouverte. Et puis l’illégitimité d’un résultat électoral en désigne une autre : l’illégitimité d’un modèle révolutionnaire politico-religieux dans lequel des centaines de milliers d’individus sans défense ne se reconnaissent plus. Non que la puissance de l’autorité spirituelle se soit évanouie, bien sûr, mais le ver est dans le fruit. Même la parole du guide suprême, Ali Khamenei, plus haute autorité de l’État en Iran, n’a pas suffi à faire taire les opposants. Cela même est la preuve de la lézarde. Qu’importe le temps qu’elle mette à s’aggraver : la première entaille a été donnée. Le régime aura beau la masquer, celle-ci resurgira, plus forte encore. Du reste, c’est ce à quoi nous assistons depuis l’annonce des premiers résultats.
Et l’Occident, devant cela ? Le président Obama, d’abord prudent, avance peu à peu son pion en faveur des opposants, Angela Merkele vient d’exprimer nettement son souhait d’une remise à plat des résultats et la France ne fait pas mystère de ses sentiments à l’égard d’Ahmadinejad. De leur côté, la Chine et la Russie ont apporté leur soutien à Mahmoud Ahmadinejad – un peu vite, peut-être. C’est pourquoi on ne peut que souhaiter une parole forte de l’Europe dans cette affaire où est engagé l’équilibre mondial des prochaines années. Trente ans après l’irruption des ayatollahs, à l’étonnement naïf des Occidentaux, voici que la roue tourne dans l’autre sens. Une redéfinition des rapports entre le religieux et le politique se dessine dans un pays où le martyre semble une attitude possible, au même titre que d’autres impératifs. Le way of life européen ne mesure plus très bien ces choses, si déterminantes dans le jeu des circonstances. La deuxième révolution iranienne a commencé.
Ce numéro d’été est sous le signe du voyage et de la « nordicité ». À l’heure où les distances n’existent plus, quel sens y a-t-il à voyager ? L’enjeu du voyage, c’est la découverte de l’inconnu, laquelle fait écrire, donne lieu à des histoires. La Revue des Deux Mondes a toujours été une grande voyageuse : il eût été dommage de ne pas l’emmener faire un tour pour ses 180 ans.
Bonnes vacances, bonnes lectures,
Michel Crépu
En kiosque le lundi 6 juillet 2009
En librairie le jeudi 16 juleet 2009